25/06/2012

Les nuits lausannoises - suite du débat

 

Jeudi 21 juin, j’ai participé au débat organisé par la Télé et 24Heures sur les Nuits lausannoises. Etant donné ma place dans le public et non à la table, je n’ai pu intervenir qu’une fois et de manière plutôt courte. C’est donc l’occasion pour moi de revenir sur quelques réflexions.

Tout d’abord, un constat: lors du débat, il m’a semblé important de préciser que j’estimais que la situation était grave, ce qui a été complètement minimisé par la plupart des intervenants. Voici 4 exemples qui m’ont conduit à tirer cette conclusion:

  • Lorsque j’entends la municipalité espérer que le week-end suivant il pleuvra, afin d’éviter que les jeunes restent dans la rue et que les ennuis commencent, je me dis qu’il y a une impuissance des pouvoirs publics qu’il faut relever.
  • J’ai aussi discuté avec plusieurs personnalités de la nuit, et les histoires qu’ils m’ont racontées illustrent un degré élevé d’impunité, par exemple lorsque des videurs sont obligés de relâcher des personnes prises en flagrant délit de pickpocket, car la police n’arrivera pas à intervenir faute d’effectif.
  • La situation en termes d’offre de drogue est devenue dramatique, et nous ne pouvons pas tolérer que Lausanne soit la seule ville européenne à avoir des rues remplies de dealers. Prenons la rue de Bourg, un week-end, à 22h, il y a plus de dealers que de passants!
  • J’ai la chance de pouvoir enseigner l’économie à des jeunes, et je me rends compte que cette absence d’impunité, cette situation, la nuit à Lausanne, est surtout dommageable pour eux. Une phrase que j’ai captée dans mes discussions avec eux m’a vraiment interpellé: ils m’ont dit ne plus oser se promener seul le soir, au Flon, il fallait vraiment se déplacer en groupe, car déjà 2 élèves dans ma classe ont été agressés au couteau pour un vol d’Iphone!

Voici quelques exemples qui montrent l’urgence de prendre des mesures courageuses et déterminantes.

Malheureusement, tout n’est pas simple, et je dois d’abord dire que l’effervescence de la nuit à Lausanne, le développement des boîtes de nuit, etc, est aussi une très bonne chose, tant au niveau culturel, qu’au niveau économique et du rayonnement de la ville. Il ne faut pas casser cette dynamique qui peut être saine et harmonieuse.

Il faut énormément travailler tout le côté préventif, tant au niveau des écoles que des familles, de la responsabilité des parents, et tous les aspects qui peuvent être intéressants, par exemple sur les dangers de l’alcool.

Un certain nombre de mesures ont été évoquées durant ce débat:

  • Fermeture des points de vente d’alcool, du type Coop et Aperto, après 19h
  • Ouverture plus tardive ou échelonnée des discothèques pour empêcher que les fêtards se retrouvent tous dehors au même moment à attendre les bus et trains.
  • Charte pour les clubs
  • Renforcement des effectifs de la police

Sur celles-ci je suis convaincu qu’elles sont importantes et devraient être vites prises.

Maintenant j’aimerais aussi proposer rapidement d’autres pistes, car le problème est vaste et une seule mesure ne résoudra pas tous les problèmes d’alcool, de délinquance, de drogue, et autres.

Le rôle de la police:

Au niveau de la police, outre l’augmentation des effectifs, il faut aussi songer à avoir une police de proximité au lieu d’une police d’urgence telle qu’elle fonctionne actuellement. Il est troublant de constater que les postes de police du Flon et du Petit-Chêne ne sont ouverts que jusqu’à 17h! C’est tout l’inverse qu’il faudrait avoir.

Il faut aussi modifier en profondeur la composition des forces de police et avoir plus de policiers la nuit, et dans les rues. La notion de proximité est importante, car la police d’urgence avec les gyrophares excitent encore plus les jeunes.

il faut donc aussi augmenter de manière importante le nombre de policiers! La priorité de la ville, ce n’est pas forcément d’avoir une piscine de compétition, deux stades, etc. Mais d’avoir une bonne qualité de vie, que le vivre ensemble soit l’objectif de la ville!

L’alcool:

En plus de l’interdiction de la vente d’alcool le soir dans des établissements du type Coop, il faut aussi songer aux pratiques couronnées de succès de certaines villes, telles que Lyon ou Rennes: on est allé jusqu’à interdire la consommation d’alcool dans les rues, dans les espaces publics comme les parcs, etc.

Vidéo surveillance:

Je suis persuadé qu’aujourd’hui nous devons aller plus loin à ce niveau, dans le renforcement de la vidéo-surveillance. Il s’agit d’un instrument de sanction, mais surtout à mon avis un outil de prévention! Cela peut restreindre certaines pratiques observées dans les rues aujourd’hui et dissuader beaucoup de personnes de participer à toute sorte d’incivilité.

Les sanctions:

Nous devons recadrer certains jeunes, leur donner des normes de ce qu'il faut faire et ne pas faire, et là les sanctions peuvent jouer un rôle essentiel, à la fois à titre d’exemple mais aussi avec un effet dissuasif.

Il est évident que le code pénal doit être révisé, les jours amendes sont devenus une plaisanterie et n’ont aucun effet de prévention ni de sanction.

La ville doit aussi prendre un certain nombre de mesures au niveau des sanctions: par exemple, des amendes pour les dépravations, des travaux d’intérêt général notamment au niveau du nettoyage. L’exemple de Londres particulièrement intéressant, notamment au niveau des amendes pour incivilité. Risquer 1’000.- d’amende lorsque nous sommes pris en train de casser des bouteilles en verre dans un parc est réellement dissuasif.

Voici quelques propositions rapidement énoncées, sur lesquelles nous travaillons afin d’arriver à des solutions pour que notre ville retrouve une certaine sérénité, tout en se développant de manière harmonieuse.


 

13/06/2012

L'Etat et le nouveau capitalisme financier

Voici un article que j'ai publié dans mes chroniques mensuelles dans le magazine Le Monde Economique du mois de mai:

 

Nous vivons une époque formidable, en tous cas au niveau théorique! Effectivement, pour un économiste, un politologue ou tout autre expert qui réfléchit sur l’évolution de notre société, celle-ci est en pleine phase de turbulences, de grands changements, d’évolutions rapides, qu’elles soient économiques, sociétales, ou encore politiques.

Par contre, nous sentons bien que cette période est très difficile pour une large partie de la population, dans cette société pleine d’incertitudes, de crises, qui sont synonymes d’angoisses et de paupérisation.

Rapidement dit, nous sommes passés d’un affrontement entre le communisme et le capitalisme, à la fois sur le terrain économique, politique et militaire, mais aussi sur le plan idéologique, à un choc autant entre un capitalisme industriel et un capitalisme financier  et entre ce qu’appelle Wolfgang Streek , directeur de l’institut Max-Planck pour l’étude des sociétés, une «lutte acharnée entre investisseurs financiers mondiaux et Etats-nations souverains».

Le capitalisme s’est transformé durant tout le le vingtième siècle, en s’adaptant aux différentes crises qu’ont connues nos sociétés, par exemple en intégrant des solutions keynésiennes. Aujourd’hui, ce capitalisme s’est scindé en deux, entre d’une part un capitalisme industriel, héritier justement des crises et des solutions apportées le siècle dernier, et un capitalisme financier où la maximisation du profit est l’objectif ultime de ses acteurs, qui se traduit notamment par la reprise en main opérée par les agences de notation sur les Etats, la pression exercée par les actionnaires et les fonds de pensions sur les entreprises et les difficultés toujours plus grandes pour les PME dans l’obtention de crédits bancaires.

Mon propos ici n’est pas de poursuivre cette réflexion théorique, mais de montrer qu’une réflexion doit avoir lieu dans nos sociétés, et plus particulièrement en Suisse, sur les conséquences de cette dialectique décrite ci-dessus, mais aussi surtout d’encourager les économistes et autres experts à entrer dans le champs des réalités, et de proposer des mesures concrètes: nous devons imaginer de nouvelles activités à l’Etat, qui doit sortir de ces fonctions régaliennes traditionnelles, pour venir en aide à ce que j’ai appelé le capitalisme industriel.

L’Etat doit se substituer aux banques qui ne remplissent plus leurs rôles, dans les activités de crédit, notamment aux PME. Les fonds de private equity et autres investisseurs étant souvent dans une autre logique que celle de jeunes entreprises, il est important que l’Etat remplisse un rôle d’initiateur dans l’encouragement à l’innovation et à l’entrepreneuriat grâce à des mesures d’incitation fiscale, mais aussi de mise à la disposition de locaux et autres structures, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, malgré le discours.

De même, l’Etat, en tant qu’instrument de notre société, doit sortir de la servitude qui le tient au capitalisme financier dans son financement quotidien. A ce niveau il est important qu’un nouveau lien entre citoyens et Etat se crée, notamment dans une participation plus grande des citoyens à l’emprunt étatique, ce qui conduira aussi, sans doute, à une meilleure gouvernance.

Ce ne sont que quelques idées mais le champ est vaste dans la réflexion, nous devons sortir des concepts éculés, tels que «les conditions cadres de l’économie»; il nous faut être plus imaginatif et ne pas avoir peur de bousculer les idées préconçues. Par exemple, je pense que la logique d’affrontement entre le petit patronat et les employés-ouvriers n’a plus de sens au niveau idéologique, et de même l’antagonisme politique entre le moins d’Etat et le plus d’Etat doit se renouveler et aboutir à un espace de réflexion sur un Etat différent, moderne, anticipateur et capable d’audaces.

01/06/2012

Signature de Lausanne Cités

Voici l'article paru dans le Lausanne Cités d'hier

Les crises structurelles et financières qui touchent les pays qui nous entourent ne doivent pas être négligées par nos autorités, et doivent nous amener, au contraire, à prendre les devants et à entreprendre des réformes pour y faire face, notamment dans le sens d’une redéfinition du rôle de l’Etat.

Nous le sentons bien, à Lausanne, quelque chose échappe aux pouvoirs publics, et nous, Lausannois ou usagers de la ville, ne reconnaissons plus totalement notre cité, qui subit de très fortes mutations depuis quelques années: dette publique astronomique, crise du logement, pénurie de places de crèches, difficultés pour les commerces et PME, dealers à tous les coins de rue, ou encore véritable anarchie la nuit. La Municipalité n’a pas su anticiper certains problèmes, et donne l’impression de ne plus maîtriser la situation. Elle s’est coupée ainsi des besoins réels de la population et des problèmes que nous rencontrons tous les jours.

L’Etat, au niveau local, a un rôle crucial à jouer. Force est de constater qu’en dehors des projets parfois démesurés que la ville nous mijote, loin de ses rêves de grandeurs, il y a lieu de reconstruire les liens sociaux qui unissent les lausannois et de redonner du sens à notre «vivre ensemble», notamment au travers de projets de proximité, bien plus essentiels à notre qualité de vie.

Je pense ici à la redynamisation de la vie de quartier, notamment en soutenant les petits commerces, à la création urgente de places de crèches (nous avons lancé une pétition sur ce sujet), au soutien des PME et des start-up, à un développement d’une police de proximité en complément d’une police d’urgence (rôle qu’elle joue actuellement), et à l’instauration de règles de civilité (il n’y a qu’à constater l’état déplorable des parcs publics le dimanche matin).

L’Etat n’est pas tout et ne peut pas tout, son rôle doit être redéfini, tout comme la relation que nous avons avec lui et notre citoyenneté. Cette réflexion doit se faire non seulement en alliant deux principes que j’estime complémentaires: solidarité et responsabilité individuelle, mais aussi dans un esprit de dépolarisation de la vie politique, en réunissant les différents acteurs et en écoutant les besoins réels de la population lausannoise.