11/07/2012

Vivre mieux

Voici un article que j'ai publié dans mes chroniques mensuelles dans le magazine Le Monde Economique du mois de juin:

Nos vies s’améliorent-elles? C’est ainsi que commence l’Initiative du «Vivre mieux» lancée par l’OCDE dans un certain nombre de pays et les résultats viennent de nous parvenir.

Jusqu’à présent comment mesurions-nous l’amélioration de la qualité de nos vies? Différents indicateurs économiques et sociaux étaient utilisés, telles que le PNB par habitant, l’inflation, le taux de chômage, la croissance du PIB, etc. Or, sont-ils réellement pertinents pour véritablement décrire une hausse du niveau de nos vies? Pour certains, ils y contribuent, mais n’indiquent pas si effectivement notre vie est devenue meilleure.

Nos hommes politiques sont actuellement vraiment démunis face à cette problématique. Le seul indicateur que ceux-ci peuvent mesurer, c’est celui de leur réélection, or il ne s’agit pas d’un indicateur fiable, car comme nous le savons, une réélection peut dépendre de différents facteurs, comme par exemple la communication, les propositions du camp adverse, ou encore la dépendance d’une population vis-à-vis de la politique pratiquée (imaginons une ville avec plus de 50% de personnes bénéficiant des aides sociales - cette population aura un intérêt égoïste à voter pour le pouvoir en place, pour le moins à court terme).

Pour certaines théories, les pouvoirs politiques n’agiraient qu’en vue de leur réélection, et nous pourrions y rajouter aussi pour laisser une marque, par exemple des projets urbanistiques.

Il faut alors vraiment proposer un nouveau modèle d’évaluation des politiques publiques, qui se base réellement sur la qualité de vie des citoyens. Cet indicateur du Vivre mieux utilise différentes dimensions qui façonnent réellement le bien-être de la population: le revenu et l’emploi bien entendu, mais aussi les liens sociaux, l’éducation, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, le logement, la santé, l’environnement, la sécurité personnelle, etc.

Cet indicateur a été mesuré en 2010 sur une quarantaine de pays, membres de l’OCDE: il calcule la part de la population déclarant éprouver davantage de sentiments positifs que de sentiments négatifs au cours d’une journée normale. Arrivent en tête des pays comme le Danemark (autour de 90%), le Japon, l’Indonésie, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège.

Qu’en est-il pour la Suisse? Elle obtient des performances plutôt bonnes, notamment grâce au revenu moyen élevé par ménage, supérieur à celui de l’OCDE, au taux faible de sans-emploi et au bon niveau d’éducation. Par contre au niveau de l’engagement citoyen et de la gouvernance, les résultats sont moins bons.

En fin de compte la Suisse finit juste devant la moyenne de l’OCDE au 22ème rang,

En d’autres termes, ce qui importe réellement, et le système présenté par l’OCDE le propose, c’est d’adapter cet indicateur à toutes nos politiques publiques, aux différents échelons, local, cantonal et fédéral, et les suivre dans le temps, au fil des années. Il s’agira d’un formidable instrument pour mesurer réellement si la qualité de vie des citoyens s’améliore ou se dégrade et de proposer des politiques qui corrigent les échecs de certaines actions gouvernementales.

Un autre point que j’aimerais relever ici, et que met en avant cette étude, c’est que le vivre mieux, ce n’est pas juste un concept égoïste, selon l’adage «vivons heureux, vivons caché», mais, au contraire, cet instrument est conçu pour prendre en compte les liens sociaux, l’engagement des gens dans leur communauté et la vie associative ainsi qu’une bonne gouvernance. Le vivre ensemble s’intègre dans le vivre mieux et inversement.