24/01/2013

Pourquoi je m'engage pour Minder

Voici le texte publié en Signatures du Lausanne Cités d'aujourd'hui

 

Pourquoi je m’engage pour Minder?

 

En tant que responsable politique, j’ai décidé de m’engager pour l’initiative Minder, contre les rémunérations abusives.

 

Pourquoi cette initiative a été lancée? La Suisse depuis quelques années est confrontée à une série de scandales financiers, UBS, Swissair, ABB pour ne citer que les plus grands, liés à la cupidité de certaines patrons dépourvus de morale. Cette initiative répond d’abord à ce besoin évident de plus d’éthique dans le management des entreprises. Les gens sont scandalisés, avec raison, quand ils constatent que tel dirigeant de banque, après avoir plombé les comptes de son établissement, reçoit encore un parachute doré (qui se compte en millions en francs) pour être débarqué! Ou tels autres dirigeants sont récompensés par des bonus astronomiques, des pertes monstrueuses que leur société engendre.

 

Cette initiative entend justement cet appel: les dirigeants devront passer par l’assemblée des actionnaires pour valider leurs rémunérations, en toute transparence, et les actionnaires pourront décider alors si ces patrons méritent de tels salaires et bonus. 

 

En tant qu’économiste, je suis persuadé aussi que ce contrôle par les actionnaires est un élément essentiel dans une plus grande efficacité dans la gestion des entreprises.

N’oublions pas que c’est l’actionnaire qui prend un risque financier en investissant dans une entreprise; ces actionnaires, c’est aussi nous, citoyens de ce pays, en tant que cotisants à l’AVS et au 2ème pilier, qui sommes les principaux actionnaires des sociétés suisses. L’actionnaire sera le principal gagnant de cette initiative car elle permettra d’assainir notre économie de marché des méfaits de certains, et sera un argument important pour attirer des personnes qui ont envie d’investir dans nos sociétés.


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14/01/2013

L’initiative Minder, réflexions d’un économiste à travers la Théorie de l’agence

Dans 3 mois nous allons voter pour ou contre l’initiative Minder, du nom du conseiller d’Etat indépendant schaffhousois. Nicolas Martin, journaliste à Largeur.com, parlait d’un «vote inévitablement déraisonnable», pour décrire le combat qui allait avoir lieu entre, d’une part, un patronat et une droite furieusement contre, et, d’autre part, une gauche divisée entre l’initiative et le contre-projet voté aux chambres, avec, à côté des politiques, un peuple pour le moins troublé par les nombreux scandales qui nous visitent depuis quelques années (scandales UBS malheureusement au pluriel, Swissair, ABB, etc.). A ce vote déraisonnable, essayons au contraire de lui donner de la raison.

 

Tout d’abord quel sujet passionnant! Qu’on soit pour l’initiative et pour le contre-projet, contre l’initiative et pour le contre-projet, ou qu’on soit contre les deux, reconnaissons au moins le mérite de Thomas Minder d’avoir posé une problématique terriblement intéressante, couvrant les domaines des relations entre actionnaires et conseils d’administration, les fondements du capitalisme, la structure juridique des sociétés anonymes, le rôle des caisses de pension, la rémunération des dirigeants et donc la prime au «talent» de ceux-ci, la compétitivité des entreprises dans une économie mondialisée, le rôle des possibles sanctions pénales, et j’en passe. 

 

Focalisons-nous sur le sujet du contrôle de la rémunération des dirigeants par les actionnaires, notamment sous l’angle d’une théorie économique, la Théorie de l’agence.

Cette dernière pose tout d’abord que l’entreprise n’est pas un acteur unique, rationnel, qu’il existe des potentiels conflits d’intérêts entre les dirigeants et les actionnaires. Dans le cas qui nous intéresse, le dirigeant n’est pas propriétaire de l’entreprise, il ne supporte les conséquences de ses actes qu’en partie, il est un agent des propriétaires, c’est-à-dire des actionnaires, qui lui ont délégué une partie du pouvoir. 

Maintenant, et cela se confirme par la réalité du terrain, les stratégies personnelles des dirigeants peuvent aller à l’encontre des souhaits des actionnaires (qui ne désirent que la maximisation de leur investissement, donc des bénéfices de l’entreprise): un dirigeant peut rechercher un meilleur salaire, plus de bonus, plus de pouvoir à travers la croissance démesurée du chiffre d’affaire, par l’acquisition d’entreprises (cf le cas Swissair), et peut-être encore en fin de processus un meilleur bénéfice pour l’entreprise.

 

Cette théorie a analysé des outils pour justement réduire ce conflit d’intérêts, comme l’outil des stock options, avec la volonté de lier les intérêts des dirigeants, qui recherchent alors une augmentation des cours d’action, à ceux des actionnaires. Cet outil n’a pas totalement fonctionné, car les dirigeants pouvaient rechercher une maximisation du cours de l’action sur le court terme avec des décisions qui n’allaient pas dans le sens d’une stratégie saine et sur plusieurs années. 

Alors comment faire? Dans le sens de cette théorie, il faut réduire les coûts d’agence, provenant de ces intérêts différents. Dans ce sens, je pense que le contrôle des salaires et des bonus des dirigeants d’une entreprise par les actionnaires est une solution satisfaisante, liant les rémunérations aux résultats de l’entreprise; l’objectif ultime est quand même que la société réalise un meilleur bénéfice: aujourd’hui, trop de conseils d’administration s’octroient des bonus même lorsque la société réalise des pertes! 

 

Au contraire d’economiesuisse, je pense que le principal gagnant de cette initiative, si elle passe, est bien l’actionnaire! Celui-ci sera protégé de la recherche de gains à court terme de la part des dirigeants et aura une meilleure transparence dans le processus de rémunération. Ce système permettra d’assainir notre économie de marché des méfaits de certains, et sera un argument important pour attirer des personnes qui ont envie d’investir dans des sociétés où chaque partie va dans la même direction!

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