03/10/2013

De la sécurité et du sentiment de sécurité à Lausanne

J’aimerais revenir ici sur l’édition du 24H du jeudi 26 septembre, sur le thème de la sécurité à Lausanne, qui a eu le droit à un édito  du chef de la rubrique Vaud & régions et à une pleine page 3.


Tout d’abord, j’aimerais préciser que de bonnes choses sont entreprises, sous le municipal  Grégoire Junod, notamment sur le renforcement de la police de proximité, sujet sur lequel je me suis souvent exprimé. J’avais dénoncé sous son prédécesseur une police d’urgences, qui n’intervenaient que sous appel, sirènes et gyrophares compris, et des rues complètement laissées à l’abandon des dealers. Je vous renvoie ici à différentes propositions, qu’a faites le PDC Lausanne et dont je me fais le porte-parole et qu’on retrouve dans un précédent article de mon blog (sanctions pour les incivilités, renforcement des effectifs de la police, prolongement des heures pour les boîtes de nuit, interdiction de la consommation d’alcool dans les rues, etc.).

 

Maintenant l’article soulève un certain nombre de réflexions, dont je ne veux pas faire l’économie ici, ainsi que des contradictions stupéfiantes sur le fond. 

Je cite l’éditorialiste: «il (Grégoire Junod) est sur le point de réussir le pari de renforcer la sécurité à Lausanne et, surtout, le sentiment de sécurité».

J’imagine notre éditorialiste avec deux-trois amis discutant: 

L’éditorialiste: «Mes amis, demain je dois écrire un édito sur la sécurité en ville de Lausanne, vous en pensez quoi vous?»

1er ami: «je suis sorti lundi soir, et j’ai pas vu un dealer entre chez moi, qui habite Rumine, et le cinéma le Capitole où je suis allé voir un bon film»

2ème ami: «effectivement, moi, je suis allé promener mon chien l’autre soir, et j’ai pas vu de baston».

L’éditorialiste: «c’est bien ce qui me semblait, on se sent plus sûr sous Junod».

 

Du coup, il est écrit que le sentiment de sécurité se renforce. Cette phrase est juste totalement injustifiable du point de vue déontologique, politique et scientifique. On le voit en France avec cette thématique du «sentiment d’insécurité», sur lequel se profilent des partis de plus en plus populistes. Ce terme de «sentiment», dans les deux sens, est terriblement connoté, et utilisé politiquement. 

Je ne comprends pas comment un journaliste, à priori sérieux, peut parler ainsi. Pour pouvoir se prononcer sur ce sentiment, il aurait fallu clairement avoir une démarche rigoureuse, scientifique, confiée à des spécialistes, du type sondage, et sur le long terme.

Cet idée de renforcement du sentiment de sécurité vient de nulle part, ou, si elle vient d’une démarche sérieuse, qu’il nous le dise.

D’ailleurs vous avez vraiment l’impression que votre sentiment de sécurité se renforce vous?

 

Une autre citation que j’aimerais faire, toujours de notre éditorialiste: «Plus de policiers égale moins de délits. L’équation peut paraître simpliste face à un phénomène volontiers qualifié de complexe. Elle est néanmoins en passe de se vérifier dans la capitale vaudoise».

Effectivement cette équation est très simpliste, mais en plus, d’un point de vue logique, elle est fausse, et, d’autre part, elle est contredite par l’article qui suit.

Tout d’abord, il faut distinguer délit et résolution du délit, c’est-à-dire l’arrestation de la personne qui a commis le délit. Je n’aimerais pas m’attarder ici sur la question des statistiques de la sécurité, sujet très controversé; on fait dire ce qu’on veut aux chiffres (par exemple sous Sarkozy et la pression exercée sur les policiers dans cette guerre des chiffres). Mais ici, on parle de quoi? De plaintes, de délits, d’arrestations? Le journaliste n’est absolument pas clair. 

De plus, que devrait-on constater du point de vue logique: plus de policiers dans la rue devrait conduire à plus d’arrestations, donc plus de délits: par exemple lorsqu’un dealer deale, il n’y a pas de plaintes enregistrées, c’est seulement au moment où il est arrêté en train de dealer que le délit est enregistré.

Paradoxalement donc, et cela se vérifie dans la majorité des cas, plus de policiers devrait conduire à plus d’arrestations, et donc plus de délits. Par exemple si des personnes se plaignent du bruit devant chez eux, dû à une bagarre, et appellent la police, tant qu’elle n’intervient pas, il n’y a pas de délit, c’est seulement si elle vient et procède à des arrestations qu’il y a un réellement un délit.

 

D’autre part, dans l’article qui suit à la page 3, que peut-on lire? On parle d’une augmentation des dénonciations de dealers, de 20% par rapport à 2012. De l’autre côté, on parle aussi d’une baisse des cambriolages et des vols dans les lieux publics et dans les véhicules, ce qui est, on doit bien l’avouer, un délit bien précis. Par contre on n’a pas vraiment de statistiques sur l’ensemble des délits - quid des agressions, des cambriolages de maisons, des vols, etc.? -, il est donc bien difficile de se faire une idée très précise de la situation de la sécurité en ville de Lausanne. 

On a ici une utilisation très démagogique du journaliste de quelques chiffres, à mettre en parallèle à la photo de Grégoire Junod, en pleine page 3, seul au Flon, le jour, tranquille, plein d’un sentiment de sécurité! Tout va bien dans le meilleur des mondes. Avec son prédécesseur on était dans le monde des bisounours, ici dans celui du chevalier qui sauve la planète!

On refait la photo un samedi soir à 4h du matin?

 

Et je ne peux pas m’empêcher de reprendre encore une fois notre éditorialiste du 24H: Junod a hérité d’un contexte tellement catastrophique que presque tous les moyens étaient bons pour l’améliorer. Je souligne quand même que ce contexte tellement catastrophique est quand même dû à une majorité de gauche au pouvoir depuis plusieurs législatures!


Commentaires

Monsieur Donzé,

Et si, la gauche (sic) avait préparé un tapis de rose au Mari de Madame, l'homme que certains qualifie de Monsieur Grégoire Junod ?
Scénario:
Dans un premier temps, la dite «gauche» organise sciemment le contexte catastrophique dont il est question dans le billet ci-dessus, puis, dans un second, elle nomme son poulain au poste de Premier Flic de Lausanne. Le Pandore en Chef qui sauvera très facilement Lausanne de la puanteur prédite par Nostradamus:

"Puanteur grande sortira de Lausanne,
Qu’on ne scaura l’origine du fait :
L’on mettra hors toute la gent lointaine,
Feu veu au ciel, peuple estranger desfait."

L'ancien Parti Libéral, devenu PLR depuis, ainsi que son Président national d'alors, Claude Ruey, avaient "inventé" un super héro nommé «Flyman ». Lors des élections en 2007, ce personnage de BD devait être le faire-valoir qu’un coup de pub. Coup qui avait fait long feu, les résultats de ce parti l'avait prouvé.

Aujourd'hui c'est au tour des Socialistes de nous proposer «Jun-ô-man». Lors des prochaines élections, être le Mari de la Dame et un Super Héro sont des atouts qui devraient permettre son catapultage dans le siège du Syndic.
La politique est, malheureusement, d'une telle tenue que tout est possible... Sauf peut-être le scénario ci-dessus !
Pour une telle embrouille, il faudrait être plus intelligent et retors, même machiavélique que ne l'est le PS ! Et Le Mari de Madame n'est pas encore dans son fauteuil!

PS : Monsieur Donzé, je me suis gouré grave, l’intervalle de vos interventions semble diminuer fortement. Ce n’est plus 8 mois, mais de 8 jours. Bravo! Ne laissons pas la place entièrement libre à l'UDC!

Écrit par : Baptiste Kapp | 04/10/2013

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