16/10/2013

L'initiative pour les familles: une très mauvaise idée

En ce moment, différents partis prennent positions sur l’initiative pour les familles, portée par l’UDC. Comme mon parti, le PDC, à la fois au niveau suisse et au niveau cantonal, s’est prononcé pour cette initiative, il est important pour moi d’exprimer mon désaccord avec cette prise de position, que je respecte et que je peux comprendre.

 

Je pense que cette initiative est dangereuse pour l’équilibre du financement des crèches ainsi que pour l’investissement des femmes dans notre économie, et est donc un instrument d’inégalité hommes-femmes. Les raisons principales à mes yeux sont les suivantes:

 

Tout d’abord au niveau technique, je trouve que la défiscalisation de frais qui n’existent pas en tant que telles (il s’agit plutôt d’une perte de revenu virtuel) peut être une porte à toutes sortes de dérives: à quand une défiscalisation de posséder un jardin, car des plantes, c’est bon pour l’écologie, etc. Chacun va se réclamer de quelque chose par la suite.

 

Puis, de manière plus fondamentale, je pense que les chiffres avancés en termes de pertes de rentrées fiscales sont réalistes, autour des 1.5 milliards de francs, et ceci par année (il convient de le préciser!). Et cet argent il faudra bien le trouver! 

Il est à noter que cette perte sèche n’est pas créatrice de richesses (en termes économiques), au contraire des crèches: on sait qu’un franc investi correspond à peu près à plus de 2 francs de richesse créée. 

 

Je ne critique pas du tout le choix de milliers de femmes (et d’hommes) de rester à la maison garder leurs enfants à 100%, ou dans la structure familiale. Je trouve très respectable cette position et admire ces personnes qui consacrent une grande partie de leur temps à élever leurs enfants. 

Maintenant, du point de vue économique, il faut savoir que la Suisse est très en retard au niveau des pays de l’OCDE en termes de travail des femmes, et cela est hautement préjudiciable à nos entreprises suisses, et à notre économie dans l’ensemble. Trop peu de femmes travaillent en Suisse, et cette initiative est un très mauvais signal: il faut au contraire améliorer les conditions de garde pour les enfants de femmes ou d’hommes qui veulent travailler, mais qui, faute de places de crèches, sont obligées de rester à la maison garder leurs enfants! 

 

Et c’est là le point crucial de cette initiative: car derrière ces bonnes intentions d’égalitarisme au niveau fiscal entre familles avec enfants à la maison et enfants en crèches, les initiants ont une vision de la famille qui n’est pas la mienne, qui est, je pense, rétrograde, et qui ne prend pas en compte les réalités de notre société. C’est à ce niveau que je peux dire qu’elle est perverse: j’ai déjà entendu les partisans de cette initiative demander à ce que la perte fiscale de cette initiative soit compensée par la diminution des aides aux crèches! Il faudra comme je le disais trouver une source de revenus avec une augmentation des impôts ou diminuer des dépenses, et qui seront vraisemblablement trouvées directement de manière logique dans l’aide aux crèches! 

 

Aujourd’hui le combat se situe principalement dans l’aide aux crèches, publiques ou privées, afin que toutes les femmes et hommes qui désirent travailler dans notre pays, puissent le faire sans contrainte de garde, et qu’ils trouvent une place en crèche. Ce soutien est dans le financement de nouvelles places de crèches et dans l’amélioration des conditions d’ouverture de crèches publiques et privées. C’est pourquoi le PDC Lausanne a lancé une pétition pour la création de places de crèches, encore en cours de récolte de signatures. Cela sera mon combat! 

03/10/2013

De la sécurité et du sentiment de sécurité à Lausanne

J’aimerais revenir ici sur l’édition du 24H du jeudi 26 septembre, sur le thème de la sécurité à Lausanne, qui a eu le droit à un édito  du chef de la rubrique Vaud & régions et à une pleine page 3.


Tout d’abord, j’aimerais préciser que de bonnes choses sont entreprises, sous le municipal  Grégoire Junod, notamment sur le renforcement de la police de proximité, sujet sur lequel je me suis souvent exprimé. J’avais dénoncé sous son prédécesseur une police d’urgences, qui n’intervenaient que sous appel, sirènes et gyrophares compris, et des rues complètement laissées à l’abandon des dealers. Je vous renvoie ici à différentes propositions, qu’a faites le PDC Lausanne et dont je me fais le porte-parole et qu’on retrouve dans un précédent article de mon blog (sanctions pour les incivilités, renforcement des effectifs de la police, prolongement des heures pour les boîtes de nuit, interdiction de la consommation d’alcool dans les rues, etc.).

 

Maintenant l’article soulève un certain nombre de réflexions, dont je ne veux pas faire l’économie ici, ainsi que des contradictions stupéfiantes sur le fond. 

Je cite l’éditorialiste: «il (Grégoire Junod) est sur le point de réussir le pari de renforcer la sécurité à Lausanne et, surtout, le sentiment de sécurité».

J’imagine notre éditorialiste avec deux-trois amis discutant: 

L’éditorialiste: «Mes amis, demain je dois écrire un édito sur la sécurité en ville de Lausanne, vous en pensez quoi vous?»

1er ami: «je suis sorti lundi soir, et j’ai pas vu un dealer entre chez moi, qui habite Rumine, et le cinéma le Capitole où je suis allé voir un bon film»

2ème ami: «effectivement, moi, je suis allé promener mon chien l’autre soir, et j’ai pas vu de baston».

L’éditorialiste: «c’est bien ce qui me semblait, on se sent plus sûr sous Junod».

 

Du coup, il est écrit que le sentiment de sécurité se renforce. Cette phrase est juste totalement injustifiable du point de vue déontologique, politique et scientifique. On le voit en France avec cette thématique du «sentiment d’insécurité», sur lequel se profilent des partis de plus en plus populistes. Ce terme de «sentiment», dans les deux sens, est terriblement connoté, et utilisé politiquement. 

Je ne comprends pas comment un journaliste, à priori sérieux, peut parler ainsi. Pour pouvoir se prononcer sur ce sentiment, il aurait fallu clairement avoir une démarche rigoureuse, scientifique, confiée à des spécialistes, du type sondage, et sur le long terme.

Cet idée de renforcement du sentiment de sécurité vient de nulle part, ou, si elle vient d’une démarche sérieuse, qu’il nous le dise.

D’ailleurs vous avez vraiment l’impression que votre sentiment de sécurité se renforce vous?

 

Une autre citation que j’aimerais faire, toujours de notre éditorialiste: «Plus de policiers égale moins de délits. L’équation peut paraître simpliste face à un phénomène volontiers qualifié de complexe. Elle est néanmoins en passe de se vérifier dans la capitale vaudoise».

Effectivement cette équation est très simpliste, mais en plus, d’un point de vue logique, elle est fausse, et, d’autre part, elle est contredite par l’article qui suit.

Tout d’abord, il faut distinguer délit et résolution du délit, c’est-à-dire l’arrestation de la personne qui a commis le délit. Je n’aimerais pas m’attarder ici sur la question des statistiques de la sécurité, sujet très controversé; on fait dire ce qu’on veut aux chiffres (par exemple sous Sarkozy et la pression exercée sur les policiers dans cette guerre des chiffres). Mais ici, on parle de quoi? De plaintes, de délits, d’arrestations? Le journaliste n’est absolument pas clair. 

De plus, que devrait-on constater du point de vue logique: plus de policiers dans la rue devrait conduire à plus d’arrestations, donc plus de délits: par exemple lorsqu’un dealer deale, il n’y a pas de plaintes enregistrées, c’est seulement au moment où il est arrêté en train de dealer que le délit est enregistré.

Paradoxalement donc, et cela se vérifie dans la majorité des cas, plus de policiers devrait conduire à plus d’arrestations, et donc plus de délits. Par exemple si des personnes se plaignent du bruit devant chez eux, dû à une bagarre, et appellent la police, tant qu’elle n’intervient pas, il n’y a pas de délit, c’est seulement si elle vient et procède à des arrestations qu’il y a un réellement un délit.

 

D’autre part, dans l’article qui suit à la page 3, que peut-on lire? On parle d’une augmentation des dénonciations de dealers, de 20% par rapport à 2012. De l’autre côté, on parle aussi d’une baisse des cambriolages et des vols dans les lieux publics et dans les véhicules, ce qui est, on doit bien l’avouer, un délit bien précis. Par contre on n’a pas vraiment de statistiques sur l’ensemble des délits - quid des agressions, des cambriolages de maisons, des vols, etc.? -, il est donc bien difficile de se faire une idée très précise de la situation de la sécurité en ville de Lausanne. 

On a ici une utilisation très démagogique du journaliste de quelques chiffres, à mettre en parallèle à la photo de Grégoire Junod, en pleine page 3, seul au Flon, le jour, tranquille, plein d’un sentiment de sécurité! Tout va bien dans le meilleur des mondes. Avec son prédécesseur on était dans le monde des bisounours, ici dans celui du chevalier qui sauve la planète!

On refait la photo un samedi soir à 4h du matin?

 

Et je ne peux pas m’empêcher de reprendre encore une fois notre éditorialiste du 24H: Junod a hérité d’un contexte tellement catastrophique que presque tous les moyens étaient bons pour l’améliorer. Je souligne quand même que ce contexte tellement catastrophique est quand même dû à une majorité de gauche au pouvoir depuis plusieurs législatures!