17/09/2014

Une banque cantonale pour quoi faire?

Il y a une semaine dans le 24 Heures est paru un article dans la rubrique Regards de banquiers du responsable des PME à la BCV, Pierre Palley, sur le financement des start-up. Cette article est très intéressant à plus d’un titre: On assiste à un dégagement en touche du responsable des PME de la question du financement des start-up: celui-ci, selon ce monsieur, ne concerne pas les banques, c’est-à-dire la BCV, car non porteur d’intérêts et non remboursable.
 
Reprenons l’argumentation du banquier: tout d’abord, il nous apprend que les start-up sont des «curieux spécimen » demandant des soins particuliers. Oui, c’est exact, curieux, si on ne les comprend pas, et si on ne se donne pas les capacités de mieux les comprendre. Je me rappelle à l’époque du lancement de ma propre start-up, j’étais allé voir cette même BCV, pour obtenir un compte courant, avec une demande de limite de crédit de CHF 50’000. Que m’avait demandé le banquier à ce moment? un business plan, jusqu’ici rien que de très normal, faut-il encore le comprendre de la part d’un banquier, plutôt habitué à des PME « traditionnels »; mais alors plus curieux, ce banquier m’a demandé les bilans et les comptes de résultats des trois dernières années. D’où la conversation très bizarre: Moi: "mais Monsieur, nous n’avons pas d’états financiers des trois dernières années, puisqu’il s’agit d’une start-up qui vient d’être créé il y a 6 mois". Le banquier: « Alors je ne peux pas vous aider…sauf si vous mettez de l’argent en garantie » , Moi: « Si j’ai de l’argent pour mettre en garantie, je n’ai pas besoin d’un prêt avec des intérêts », etc. Un dialogue surréaliste. 
Et je vous passe les éléments techniques de la discussion sur le WEB, le business model, où visiblement le monsieur n’avait rien compris. Autant vous dire que la réponse fut négative! Mais là n’est pas la question.
 
Pierre Palley  continue dans son article en nous expliquant qu’il existe d’autres organisations pour répondre aux besoins des start-up, car celles-ci requièrent une connaissance des enjeux particuliers du développement d’une start-utp. Ce Monsieur ne connaît visiblement pas très bien le monde de start-up, et des problèmes de financement qu’elles rencontrent en Suisse. Si la start-up est dans le domaine technologique, médicale, informatique, c’est-à-dire avec un profil ingénieur, une origine EPFL, quasiment pas de problème! Il y a des fonds et des aides fédérales, cantonales, etc. Mais pour toutes les autres, qu’on oublie trop souvent, mais qui font aussi la richesse de la Suisse: des entreprises du domaine des services, du marketing, des biens de consommation, etc. Il n’y a rien! De plus, les conditions-cadres au niveau fiscal ne sont pas du tout intéressantes pour les business angels, et autres investisseurs. 
 
Tout ceci, selon ce banquier, pour aboutir au constat que le financement initial des start-up doit se faire via le capital, et non pas une dette octroyée par une banque. Si nous adoptons cette démarche, nous allons droit au mur sur le renouvellement de nos industries en Suisse, sur la création de valeurs ajoutées et de richesses pour notre pays: les futurs Nestlé, Adecco, et autres sociétés, sont dépendants aujourd’hui de financements qui ne se trouvent pas forcément sur le marché. La banque cantonale a un rôle primordial à jouer à ce niveau! elle doit, de par son actionnaire principal, l’Etat, aider à favoriser la croissance de notre canton. Je cite la BCV (sur son site internet): « Humaine et accessible, elle fait partie intégrante de l’économie cantonale ».
 
Non porteur d’intérêt et non remboursable? Est-ce que la banque a fait une analyse sérieuse de ce marché? des risques potentiels, mais aussi des probabilités de réussite? Est-ce que le risque de non remboursement est supérieur à celui des PME traditionnels, à celui des ménages qui s’endettent pour acheter un canapé ou une maison, ou à celui des promoteurs immobiliers? 
Alors oui bien sûr, certaines start-up ne présentent rien de nouveau comme produit, n’ont pas le management adapté et qualifié, et ces sociétés feront faillite, mais est-ce une raison pour ne pas essayer  de comprendre ce marché, d’y investir et aussi de compter sur un retour sur l’investissement car certaines start-up seront profitables, et de manière supérieure à d’autres entreprises?
 
Il faut que notre banque cantonale crée une structure interne avec un personnel qualifié sur ces questions de start-up et qu’elle mette à disposition un fonds qu’elle utilisera pour prêter de manière intelligente à des start-up qui en ont besoin! Il en va de notre croissance! La BCV doit financer l’innovation dans notre canton, à travers des prêts à court, moyen et long terme, mais aussi en investissant en fonds propres, pour accompagner ces jeunes entreprises tout au long de leur développement, et non pas seulement quand elles se nommeront Nestlé ou Kudelski. 
 
 
Autrement à quoi sert une banque cantonale? C’est alors juste un investissement de l’Etat dans une entreprise privée, et un slogan, une publicité avec le terme « cantonal », pour une banque qui n’en mérite pas.

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