12/12/2014

Affaire Rime: je persiste et je signe

Mon article sur mon blog et mes posts sur Facebook ont fait réagir beaucoup de monde, et mon indignation a été reprise par un certain nombre de parlementaires socialistes. Cela a conduit à un article sur 20minutes (http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/17623652) et à Forum sur la RSR avec un débat Jean-François Rime contre Cesla Amarelle. 
Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est qu’il y a réellement un malaise, un problème de confiance qui s’est instauré. Ce sentiment était très perceptible dans les propos de Monsieur Rime à Forum; il avoue qu’il aurait dû relire ses propos avant publication, qu’il a parlé trop vite.
 
Par contre, les arguments de Monsieur Rime ne m’ont pas du tout convaincu, et il mélange tout (mais c’est aussi un politicien habile), par exemple en nous disant qu’il paie plus d’impôts que ses revenus de conseiller national. Cela n’a strictement rien à voir, mais c’est un écran de fumée. 
 
Pour les quelques personnes qui ont réagi négativement à mon article, à celles qui n’ont vu qu’une affaire politicienne, je note que le bureau du Conseil national va se pencher dessus, et, au delà du cas Rime, ce que beaucoup de gens, dont je fais partie, espèrent, c’est que cela sera l’occasion de clarifier le flou qui existe sur la circulation de l’information entre les commissions et l’extérieur. 
Je remercie par la même occasion tous ceux qui m’ont soutenu ces derniers temps dans ce combat pour plus de transparence dans notre système.
 
Nous avons ici un grave problème de conflit d’intérêts, de quelqu’un qui a utilisé des informations, provenant de la Commission de l’économie, à des fins personnelles, ce qui ressort de l’article. Nous avons un problème de confiance dans un élu, qui représente le peuple; même si je suis tout à fait conscient que notre système politique défend aussi le principe que nos représentants représentent aussi des intérêts privés, tels que lobbies, groupes d’intérêts, entreprises privées. Je n’ai absolument rien contre ce conseiller national, que je ne connais pas, à qui je n’ai jamais parlé. Je ne suis pas candidat dans le canton de Fribourg, sa réélection m’importe peu. Qu’il soit UDC, PLR, PDC ou PS n’a eu aucune incidence sur mon initiative. Dire que mes propos sont électoralistes, c’est juste mettre les choses qui dérangent sous le tapis, botter en touche, et ne pas regarder le fond de l’histoire.
 
Maintenant si je reprends le journaliste de Forum: de la part d’un parti, l’UDC, qui clame que la classe politique se sert, et qui tape sur tous les partis, ici c’est le serpent qui se mord la queue. Alors bien sûr, ce type de cas, on doit le trouver dans tous les partis. Alors de nouveau l’argument qui me dirait: regardez d’abord dans votre parti avant d’attaquer les autres, je lui dirai que je fais d’abord mon examen de conscience, et avec ceci je n’ai aucun problème, je prône la transparence la plus large possible (financement de partis, etc.).
 
Les propos de mon article sont plutôt de l’ordre: si un élu dit tout naturellement ce genre de propos à un journaliste, il ne doit pas être le seul à pratiquer ce genre de conflits d’intérêts, et ainsi c’est tout un système qu’il faut réformer. 

04/12/2014

Les conflits d'intérêts, la plaie de notre démocratie - l'exemple de Monsieur Rime

Dans le PME magazine de décembre, un article très intéressant sur les conseillers nationaux qui sont aussi patrons d’entreprise. La question de savoir si les activités politiques d’un chef d’entreprise lui profitent finalement dans ses affaires se pose à la fin de l’article. 
Pour certains et je le comprends très bien, être à Berne ouvre le marché national, crée des opportunités, élargit les relations.

Le moment très intéressant (je dirais même fou, incroyable de sincérité) c’est quand Jean-François Rime, conseiller national UDC, patron de trois entreprises actives dans l’industrie du bois, explique: « Sur certains dossiers, nous sommes aux premières loges. Quand j’entends certaines informations en commission, il m’arrive d’appeler mes fils pour leur dire d’anticiper… ».
Je rêve? Fais-je preuve de trop de candeur? Le monde est devenu si corrompu qu’on ne fait plus attention à ce type de phrase? Est-ce que c’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêt? Clairement oui, je prends la définition dans Wikipedia:
"Un conflit d'intérêts apparaît ainsi chez une personne physique ayant à accomplir une fonction d’intérêt général et dont les intérêts personnels sont en concurrence avec la mission qui lui est confiée par son administration ou son entreprise".
 
Ici, Monsieur Rime, conseiller national, représentant du peuple, qui fait partie de la commission de l’économie au parlement fédéral, nous apprend qu’il a connaissance de certaines informations, dans cette même commission, pouvant lui être utiles dans son business et qu’il partage avec les directeurs de son entreprise (en l’occurrence ses fils).
Je reprends Wikipedia, qui nous dit que le conflit d’intérêt n’est pas illégal (il y a tout de même bien sûr une question de principe moral, d’éthique), mais qu’il l’est à partir du moment où il y a prise illégale d’intérêt. Est-ce que ce n’est pas le cas ici, lorsque ce monsieur transmet de telles informations?
 
D’ailleurs, ce même Monsieur Rime est membre de l’USAM, Union suisse des arts et métiers. N’est pas cette organisation très libérale qui demande une déréglementation du marché du travail, une plus grande concurrence? On m’a appris à l’école que libéralisme signifiait plus de concurrence, une information transparente, etc. Monsieur Rime de par sa position ambiguë et ses activités fausse totalement la concurrence - si j’étais un concurrent des sociétés de Monsieur Rime je ne serais pas très content de cette situation.
 
Ce genre de position, ces conflits d’intérêts sont la plaie de notre démocratie, il est temps d’y mettre fin. Le dernier mot à Hugues Hiltpod, conseiller national PLR et patron d’un bureau d’architecture: «  être parlementaire n’a rien apporté à mon entreprise. Je suis à la commission sur la sécurité, donc il n’y a aucun lien avec l’architecture. Et ce n’est pas plus mal ». et la journaliste de PME Magazine, Marie Maurisse, de conclure cette citation: « Pour éviter les conflits d’intérêts, notamment.
Merci Monsieur Hiltpod pour donner l’exemple à Jean-François Rime.