20/02/2015

L'initiative PDC pour les familles – un trou financier vraiment?

L’argument du trou d’un milliard, je trouve qu’il vienne du PLR ou du parti socialiste gagne vraiment le grand prix de la mauvaise foi! 

Prenons tout d’abord le PLR: à vouloir toujours des baisses d’impôt pour les entreprises, on voit clairement de quel côté il est, en tous cas pas de celui des classes moyennes et des familles! 
La réforme de l’imposition des entreprises va nous coûter plusieurs milliards, et les précédentes l’ont fait aussi! Mais là c’est bon pour nos entreprises, donc pour le PLR aucun problème pour nos finances fédérales et cantonales. 

A chaque proposition et initiative, la ministre des finances crie au danger sur nos finances fédérales, résultat: un budget excédentaire d’année en année! 

Il faut aussi noter qu’au niveau fédéral le PLR n’a jamais été contre une diminution d’impôts sur les entreprises et sur les ménages, et ceci depuis plus d’un siècle! Alors pourquoi aujourd’hui il est contre? Uniquement car nous sommes en période électorale! 

Et là qu’est-ce que j’entends? La nouvelle proposition du PLR pour lutter contre le franc fort: un taux unique de TVA de 6%! J’ai estimé le trou dans les finances de la Confédération: 5 milliards de franc suisse. 

Pour quel résultat? Un cadeau aux entreprises. Et pourquoi pas aux consommateurs? Car très souvent dans ces cas de baisse de TVA, les entreprises ne répercutent pas celle-ci dans leur prix de vente, et donc le consommateur ne voit pas de différence, et l’entreprise garde cet argent pour elle! On a plusieurs exemples de ce type, par exemple Sarkozy avait baissé la TVA dans les cafés et restaurants, quasiment aucune répercussion ni dans les prix de vente, ni dans la consommation, ni dans les embauches! Juste un cadeau pour les actionnaires! 

On se rend compte donc que le PLR est toujours du côté des grandes entreprises et non des citoyens. Pour le PLR, il faut diminuer les impôts, mais uniquement des entreprises. C’est pourquoi je suis un social-libéral, les deux solutions sont intéressantes, et il ne faut pas en exclure une idéologiquement.

Maintenant, au tour des socialistes! 
Là, c’est la déroute en termes d’arguments! Ce trou va faire augmenter les impôts, diminuer les prestations, augmenter les charges sociales, et j’en passe! J’ai vu toutes les coupes possibles et imaginables. Dans les aides sociales, dans les bourses, ça en devient assez drôle! 
Maintenant, on peut aussi mettre en perspective le soutien du PS au programme établi par le conseil fédéral qui concerne la baisse du taux d’imposition des entreprises! Le PS est donc pour les entreprises, mais pas pour les familles. 
Le PDC, social-libéral, est donc pour les deux, entreprise et responsabilité, mais aussi solidarité. Le PDC c’est le parti de l’équilibre.

Cette initiative était à la base une initiative parlementaire de Lucrezia Meier-Schatz, acceptée à l'époque par la gauche au parlement.
Si je me souviens bien de mes cours d’économie politique, la gauche, et le parti socialiste particulièrement, est d’essence keynésienne. En voilà une initiative keynésienne: avec un franc fort, avec les difficultés que rencontrent nos entreprises, voilà un sacré coup de pouce de l’Etat en favorisant la consommation des citoyens, et plus spécialement les familles. 

Quand j’en parle avec des collègues économistes, quelque soit leur couleur politique, que je ne connais généralement pas, leur réponse est assez identique! 

Alors reprenons la réponse de mes chers collègues économistes, spontanément ils me répondent «multiplicateur». Et c’est incroyable que personne dans ce débat ne mentionne ceci! 
Qu’est-ce que cela signifie? 
On parle d’un trou d‘1 milliard, comme d’un trou noir, où l’argent disparaîtrait., par exemple aux Bahamas. 
Mais non, en économie, on sait que l’argent ne disparaît pas. L’argent est comme les familles, il fait des petits!
Qu’est-ce que cela veut dire? Quand je booste la demande, ici avec un milliard, les gens vont consommer, en grande partie (la propension à consommer va se situer entre 80 et 90% environ, et le reste sera de l’épargne). 
Avec des entreprises qui ne sont pas totalement occupées, ce qui est le cas ici, on nous bassine de propos sur les entreprises, à cause du franc fort, qui doivent licencier, mettre des employés au chômage partiel, on parle donc d’une offre élastique, et non inélastique, et donc, l’augmentation de la demande de biens aura un véritable impact sur la quantité produite, et donc sur notre PIB.

Ce cadeau aux familles donc ne disparaît pas, mais crée de la richesse: les gens consomment, les entreprises vendent plus, et donc doivent embaucher, les travailleurs embauchés consomment, et donc les entreprises vendent plus, etc.
Cela signifie aussi des revenus fiscaux supplémentaires. À la fois sur la TVA, à travers cette consommation, et d’impôts directs, à la fois sur les entreprises et sur les revenus. En étant prudent, avec un multiplicateur entre 1.8 et 2, j’estime cette création de richesse à 1.8 millions, c’est-à-dire que nous boostons la croissance de notre pays, qui en a bien besoin aujourd’hui!

Maintenant aussi, regardons ce que signifie ce milliard sur nos dépenses publiques: si je prends l’ensemble des budgets des collectivités publiques (Confédération, cantons et communes), on se situe autour de 200 milliards, et le PIB de la Suisse autours de 650 milliards de francs suisses. Cela signifie quoi comme proportion? 1 milliard par rapport au total des dépenses des collectivités publiques, c’est 0.5%, et par rapport au PIB 0.15%. Je tiens aussi à préciser que nous avons environ 2% de croissance du PIB ces dernières années! 

Précisons aussi que la seconde réforme de l’imposition des entreprises aura coûté 7 milliards de francs depuis 2009, et à côté la Confédération a réalisé près de 10 milliards de bénéfice.
Je pense que la Suisse va réussir à surmonter cette catastrophe financière que nous prédisent le PLR et le PS! 

Pour le ministre des finances fribourgeois, Georges Godel le montant correspond en gros à 0.5% du budget de l’Etat. «Il doit être également mis en regard des pertes autrement substantielles que nous causeront d’autres projets», par exemple les baisses d’impôts pour les entreprises.

On le voit très bien, cet argument financier ne tient pas la route!

Commentaires

"Quand je booste la demande, ici avec un milliard, les gens vont consommer, en grande partie ..."

Ce genre d'affirmation est vrai pour les classes les plus modestes. Mais comme cette initiative, vous ne pouvez pas l'ignorer, propose d'aider les familles à proportion inverse du besoin, une grosse partie de ce milliard ne sera pas "consommé" et finira sur des comptes épargne.

Écrit par : Fufus | 21/02/2015

"finira sur des comptes épargne." C'est d'ailleurs un des premiers arguments des assureurs pour vendre un de leur produit pour enfants!

C'est sûr que ce milliard sera retrouvé, car il suffira simplement de ne plus déduire de charges pour enfants dans les déclarations d'impôt tant à l'IFD que l'ICC. Et quand on voit la différence en chiffres, le PDC est pas le défenseur de la famille il est son fossoyeur!

Écrit par : Corélande | 23/02/2015

Bravo, merci. 100 % d'accord.

Ce sont exactement les arguments que je met en avant.

En complément, le milliard de perte de rentrées fiscales, pour rappel, serait répartis entre la Confédération (env 200 MCHF), les 26 Cantons et des milliers de Communes. Au final, une facture tout à fait acceptable et absorbable par ces différentes collectivités publiques. Avec notre système fédéraliste, chacune pourra décidé du moyen à mettre en œuvre pour couvrir la différence qui la concerne. Certaines ont des finances qui permettent de l'absorber, d'autres pourraient être amenées à réduire des prestations. Une autre variante peut être d'augmenter légèrement le taux d'imposition des personnes physiques pour rendre l'opération fiscalement neutre. Cela aurait pour conséquence de faire payer un peu plus les contribuables sans enfants à charge. Les couples avec enfants n'en ont pas à charge durant toute leur vie. Avant et après, ils peuvent payer un peu plus pour avoir une déduction d'impôts lorsqu'ils en ont besoin. C'est un rééquilibrage de la charge fiscale en faveur des familles tout à fait supportable pour tous car il y a plus de contribuables sans enfants qu'avec.

Qu'en pensez-vous ?

Écrit par : Michael Chatelan | 26/02/2015

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