09/02/2016

La fermeture des offices postaux: inéluctable?

Suite au postulat de Nicolas Rochat Fernandez voté ce matin au Grand Conseil, voici quelques réflexions (dont j'ai repris une partie lors de mon intervention en plénum):

La fermeture des bureaux de postes et le rôle que peut jouer l’Etat et les communes représente à mon avis un point charnière dans la réflexion que nous pouvons avoir sur le rôle des services publics, sur le marché, sur la concurrence et sur le lien social.

Le postulat qui demande une stratégie claire au Conseil d’Etat est un signal, et c’en est un très fort, il s’agit de remettre les choses à leur place, de redonner au politique une maîtrise sur des éléments qui lui échappent trop souvent.

En effet, lorsque dans une commune ou un quartier, un commerce ferme, nous sommes devant une société privée, un indépendant voire une société anonyme, l’Etat n’y peut rien à ce moment ou très peu.

Ici la problématique est différente: avec la poste, nous avons un service public avec une mission essentielle; en effet, dans une réponse au conseiller national Eric Voruz, le Conseil Fédéral précise: Selon le projet de nouvelle loi sur la poste récemment adopté par le Conseil fédéral, la Poste doit être en mesure d'assurer le service universel de manière rentable. 

Prenons la première partie: elle est chargé d’assurer donc un service universel postal. Elle doit donc couvrir le territoire. Elle est pour beaucoup un lien essentiel, entre les citoyens et les services publics, parfois le seul. 

Et aujourd’hui, c’est un combat essentiel. La vie sociale d’une commune ou d’un quartier en dépendent. Le bureau de poste ferme dans un village ou un quartier, et parfois c’est un ensemble qui se fragilise: la petite épicerie adjacente, le kiosque etc. vont en souffrir aussi, car alors lorsqu’on voudra se rendre à un bureau de poste, on prendra sa voiture, et on ira dans une commune plus grande, à St François pour les lausannois etc. Et finalement toute une vie sociale disparaît.

Parlons maintenant de rentabilité, car cet objectif est aussi dans la réponse du Conseil fédéral. Rentabilité qu’est-ce que cela signifie? Car là on a une notion qui est tout sauf claire: atteindre des seuils de rentabilité, comme l’exigent certaines entreprises, autour de 15-20% par année? Ou si je prends le sens communément admis: rentable, être break even, avoir un bénéfice nul, c’est-à-dire pas de perte ni de bénéfice. J’ai un immense doute.

Est-ce qu’on parle aussi de rentablité pour chaque office de poste ou de rentabilité pour l’ensemble du réseau postal? 

Tout ceci n’est donc pas évident! 

En tous cas, nous sommes devant une problématique somme toute cruciale: qu’est-ce qu’on attend d’un service public? Une rentabilité digne des plus grandes entreprises internationales, qui délocalisent, restructurent pour atteindre ces niveaux? 

Il faudra aussi me prouver que big signifie rentable, aujourd’hui nous avons plutôt tendance dans le monde économique à privilégier le petit, l’efficace, et non les structures lourdes et bureaucratiques. Un bureau de poste dans un village peut être rentable et j’en suis convaincu. 

De plus, avec cet objectif de rentabilité nous avons octroyé un monopole à la poste sur certaines prestations, derrière il y a cet objectif aussi d’universalité. Autrement on ouvre toutes grandes les portes de la concurrence.

Pour conclure: on entend beaucoup dans les médias, durant les campagnes, les notions, les slogans du «vivre ensemble», de proximité, de lien social. Comme on dit pour l’amour, les mots passent, mais les preuves d’amour restent, ici aussi nous avons l’occasion de montrer que ces termes de proximité, de vivre ensemble, ne sont pas juste des slogans.