08/04/2016

Entre Friedman et Keynes, faut-il choisir?

Ces derniers mois, le débat fait rage sur le rôle de la banque nationale suisse dans les problèmes que rencontrent notre économie. Quels sont-ils?

Tout d’abord la force du franc suisse, par rapport notamment à l’Euro, monnaie de notre principal partenaire économique, prétérite notre compétitivité. La croissance est en recul et le chômage continue à grimper, tout en restant, il est vrai, à un niveau acceptable. La déflation qui nous atteint (prévisions de -0.6% pour 2016 selon l’OFS) ainsi que les pays qui nous entourent, est aussi une mauvaise nouvelle pour nos économies. 

La politique menée aujourd’hui en Suisse , je la qualifie de simpliste: on laisse la BNS se débrouiller avec le taux d’intérêt, et on ne fait rien de très significatif au niveau du Conseil fédéral. Aucun pilote dans l’avion! 

La politique menée aujourd’hui par la banque centrale est de baisser les taux d’intérêt via l’injection de monnaie dans le circuit, en attendant que les entreprises et les ménages empruntent pour consommer. Or, ici comme en Europe, le système ne fonctionne pas. Pourquoi? Ces deux acteurs économiques sont frileux compte tenu de la morosité économique, et ne se ruent donc pas sur les emprunts; de plus, la période de déflation les conduit à retarder les investissements.

Que peut-on faire dans ce contexte pour relancer la consommation et les investissements, lutter contre la déflation, tout en supportant nos entreprises exportatrices?

Au niveau de la politique monétaire, nous venons de décrire les limites de la politique menée aujourd’hui, avec des taux d’intérêts proches de zéro. 

Une autre approche se fait jour, celle de l’hélicoptère à argent, prônée par Milton Friedman, qui consiste à injecter de l’argent par la BNS directement aux ménages, en leur allouant une certaine somme; certaines propositions européennes vont jusqu’à 10’000 Euros par européen. Cette idée est très sérieuse, et permettrait de relancer directement la consommation, de lutter très efficacement contre la déflation, en relançant la demande; Cette politique viserait aussi à lutter contre le franc fort, à travers cette injection d’argent. 

J’y vois deux inconvénients: tout d’abord il faudrait modifier en profondeur les pratiques de notre BNS qui n’a comme principal objectif que la lutte contre l’inflation; mais en y réfléchissant bien, les deux autres buts, que la Constitution lui a fixés, seront concernés: la bonne santé de notre économie et la politique des changes. 

Le second, peut-être plus fondamental, est qu’à travers une relance par la consommation, on ne touche pas directement des investissements productifs et une amélioration profonde de notre économie. 

L’autre solution, plus keynésienne, est de profiter justement des taux d’intérêt négatif est de lancer un grand programme d’investissements basé sur la dette. La Confédération doit emprunter pour des investissements «productifs», qui modifieront en profondeur notre compétitivité: les infrastructures routières, la modernisation de nos transports publics (par exemple par la relance du projet de métro suisse reliant les principales agglomérations), un plan environnement, le soutien aux entreprises, aux start-up par la constitution d’un fonds d’investissement et le renforcement de nos universités et écoles polytechniques, de nos écoles, de la formation professionnelle.

Aujourd’hui, le choix d’une politique unique (proche parfois de cette «pensée unique»), celle de la politique monétariste, de diminution des taux d’intérêts, ne permettra pas de préparer efficacement notre avenir. Nous nous devons d’être plus ambitieux, et de s’ouvrir à d’autres politiques. Il s’agit de réconcilier les approches: Friedman et les monétaristes, et celles plus sociales-démocrates, se basant sur Keynes. La solution n’est pas unique mais est une combinaison de ces trois propositions: politique monétariste pure, hélicoptère à argent et politique budgétaire. Le futur repose sur ce compromis unique, celle d’une vision social-libérale.