02/09/2015

Chronique du Grand Conseil - 1er septembre 2015

2ème mardi au Grand Conseil. Nous finalisons la Loi sur la pédagogie spécialisée, je regrette vraiment d'être arrivé en cours de route, car le sujet est passionnant. Il est dommage aussi que mon groupe n'a pas de représentant au sein de la commission de formation.

Nous continuons sur la problématique des brochures "politiques" distribuées aux élèves ; ici il s'agit d'une interpellation du député Borloz qui s'offusque d'une brochure de l'Union Syndicale Suisse distribuée aux élèves de l'Epsic. 

Un enseignement ne sera jamais neutre, cette neutralité est une fiction. Par contre j'ai tendance à faire confiance aux enseignants à présenter différentes réalités, de droite et de gauche, même si l'enseignant est à priori partisan (dans le sens où il est membre d'un parti).

Aussi à mon niveau d'enseignement, c'est-à-dire au gymnase, les élèves sont suffisamment critiques vis-à-vis des biais politiques des enseignants, et peuvent même en rigoler. 

Nous passons au litering, c'est-à-dire les déchets jetés sur la voie publique. Il est rappelé que ces déchets sauvages coûtent à la Suisse environ 200 millions de francs.  La  nouvelle loi, qui est réellement une avancée, précise qui peut intervenir au niveau de la force publique. Comme le rappelle le PLR Buffat, la loi servira aussi de prévention.  Les employés communaux assermentés pourront  des amendes d'ordre que les contrevenants paieront tout de suite ou dans un délai très court. 

Plus que des amendes réellement dissuasives, j'aurais voulu y inclure aussi des travaux d'intérêt général, par exemple le nettoyage de nos parcs et de nos rues, trop souvent salies par des citoyens irresponsables. 

Nous acceptons aussi de prolonger d'un an le délai pour soumettre au vote populaire l'initiative de l'UDC "Interdisons la mendicité". L'objectif est de laisser un délai au Conseil d'Etat pour présenter un contre-projet à une initiative extrême. 

Une petite anecdote: plusieurs députés me recommandent de ne pas intervenir dans les premières semaines, ni en commission ni en séance plénière, c'est une sorte de coutume. Et voilà que la Présidente du Grand Conseil prononce: "la parole est demandée par le député Manuel Donzé". Grosse frayeur et fausse alerte: la prise de mon laptop appuyait sur le bouton pour demander la parole...

27/08/2015

Chronique du Grand Conseil - 25 août 2015

Et voilà je suis élu au Grand Conseil, et j’y ai assisté à ma première séance mardi (le 25 août). J’aimerais ici en quelques phrases raconter cette première session de la rentrée, et continuer durant l’année, en faisant une sorte de chronique hebdomadaire de ma vie au Grand Conseil.

Le matin du 25 août commence par une séance de groupe. Mon groupe, PDC Vaud Libre, est composé de 6 députés, dont 4 PDC (Gerald Cretegny, le président du groupe, Axel Marion, co-président du PDC Vaud, Michele Mossi et maintenant moi-même) et 2 députés Vaud Libre (Jérôme Christen et Serge Melly). Nous sommes accompagnés par le secrétaire parlementaire du groupe, Christophe Privet. L’ambiance est studieuse mais néanmoins chaleureuse. On travaille sur un document préparé par notre secrétaire, qui reprend les points à l’ordre du jour et ceux des trois prochaines séances parlementaires.

Le gros dossier sur lequel nous travaillons concerne la Loi sur la pédagogie spécialisée. Je me rends compte que le dossier est très complexe. Ce dossier m’aurait beaucoup intéressé, mais, d’une part,  j’arrive un  peu tard dessus, étant donné que nous sommes au niveau du vote des articles, et mon métier d’enseignant m’empêche d’être très actif sur les questions de formation, pour des questions de conflits d’intérêts.

Nous discutons aussi de l’attribution des places dans les commissions ; Les horaires de ces commissions sont un peu incompatibles avec celles d’un enseignant : je suis obligé de regarder d’abord les horaires de ces commissions et de choisir en fonction de ce critère et non de la thématique. De nombreuses commissions ont lieu durant les heures pendant lesquelles j’enseigne et il est difficile pour moi de manquer mon enseignement.

La politique en Suisse c’est quand même malheureusement plus facile lorsqu’on exerce une fonction d’indépendant, une profession libérale (avocat, médecin, etc.).

Je serai impliqué finalement dans une commission qui traitera d’une politique sociale gérontologique favorisant  la participation et l’autodétermination des personnes âgées. Je ne suis pas à priori spécialisé sur ces questions, mais étant donné que le PDC a mis en avant dans son programme cette thématique, cette commission sera très instructive pour moi.

L’après-midi a lieu mon assermentation, avec tout le protocole qui l’accompagne. C’est vraiment très impressionnant. Mon épouse et ma mère sont présents, pour ce moment de grande émotion pour moi. Je découvre la salle, ma place, et mon voisin, Axel, m’explique les premières bases de la fonction de député.

Je suis surpris par l’apparent désordre qui y règne. La nouvelle Présidente du Grand Conseil avance dans les points à l’ordre du jour, dans un brouhaha constant. Mais les choses avancent vite, les députés votent, tout est très bien organisé. Je suis surpris de la préparation en amont, car les interventions sont très bien orchestrés.

Je me rends compte aussi de la complexité de certaines lois et articles que nous votons. On m’explique qu’une dizaine de députés maîtrisent un dossier de A à Z, et il y a une grande spécialisation de chaque député, les dossiers étant trop complexes et trop lourds pour que tous les députés comprennent toutes les subtilités, ou même les lisent. On fait donc confiance au député de notre groupe qui a suivi le dossier. Voici une des limites à la politique de milice.

Durant la séance, un huissier vient m'informer que La Télé veut m'interviewer. C'est très spontané, et je parle de mes souvenirs d'étudiant à la bibliothèque qui regardait passer les députés, et aujourd'hui, c'est moi qui suis là, en tant que député.

Fin de séance, je suis épuisé mais heureux, je me réjouis déjà de mardi prochain. 

 

 

01/06/2015

L'immigration choisie est-elle une forme de xénophobie d'Etat ?

Voici un texte que j'ai écrit pour le dernier journal d'Amnesty:

 Pour dire les choses très clairement, la réponse est oui, car les politiques publiques font la distinction entre une immigration choisie et une immigration qui serait subie. Cette distinction prend tout son sens dans notre pays aujourd’hui avec le retour des contingents, voulu par un courant que j’appellerai national-sécuritaire, donc une acceptation d’une immigration qui serait choisie de par son utilité économique, étant proche de nous, tant géographiquement que par ses valeurs. 

Et alors l’immigration subie? Elle relève, de par la distinction posée préalablement, d’une forme de menace, de l’Etranger, qu’on ne connaît pas, qui ne partage pas les mêmes valeurs, et dont l’immigration serait alors illégale, malgré la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Cette question est cruciale aussi car les pays où les peuples sont persécutés (Syrie, etc.) ne sont pas, bien entendu, à nos frontières. 

 

Ici, les politiques ont aussi une lourde part de responsabilité car ils ont posé le débat en ces termes. Il est temps aujourd’hui de réfléchir et de remettre en question le rôle de la Suisse et sa capacité à absorber plus de personnes provenant de pays en conflit. Non, la barque n’est pas pleine, non l’étranger n’est pas dangereux pour nos valeurs.  Il en va de notre idée de la Suisse, et de comment les générations futures nous jugeront face à ces choix historiques: le repli ou l’ouverture.